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La recherche aux Forges de Montréal (EN)

Les Forges de Montréal - 02 Aug 2018

À l’heure de vouloir se réapproprier des processus anciens de forge et en l’absence de témoins pour les retransmettre, les objets historiques deviennent des supports de renseignements précieux, renseignant sur les matériaux employés, les processus de fabrication mis en œuvre ou encore les contextes de réalisation. Ainsi, les Forges de Montréal mènent et encadrent des recherches pratiques sur des artefacts forgés selon des savoir-faire traditionnelles, dans le but de les redécouvrir, de les archiver et de les rendre à nouveau accessible à la collectivité.

Cette démarche de recherche apparentée à l’archéologie des techniques, a été initiée par Mathieu Collette en 2010, à partir d’une hache de traite 3 poinçons. Mêlant étude de modèles authentiques, documentation historique et expérimentation pratique, elle visait à analyser, à comprendre et à restituer les procédés techniques anciens de fabrication de la hache dans le but de caractériser les savoirs et les savoir-faire ayant servi à sa mise en œuvre.

Évaluation de la longueur de l’oeil d’une hache 1 poinçon.

Poursuivant les recherches selon une approche itérative, celles-ci ont abouti à la reproduction d’une hache semblable aux authentiques étudiées. Afin d’assurer la transmission de cette redécouverte, Mathieu en est également venu à développer un concept de matérialisation des savoir-faire immatériels de l’artisan forgeron, incarné dans un panneau d’étapes de fabrication de la hache de traite. Concrètement, ce panneau présente, physiquement, chacune des étapes de réalisation de l’outil, de la matière première employée à l’objet final.

“Matérialiser”, panneau-oeuvre de la hache de traite 3 poinçons, à 1 frappeur, 2013. (Crédit photo : Michel Aubry, 2017)

Il permet ainsi de rendre visible le mode et l’esprit de création de la hache et exprime de façon tangible les connaissances intangibles de l’artisan forgeron. Chacune des pièces étant par ailleurs dissociables du panneau grâce à un système d’attaches aimantées, elles s’offrent à une manipulation et une observation rapprochée en vue de favoriser la compréhension des gestes et des données techniques (poids, dimensions, repères de fabrication imprimés dans la matière) mis en œuvre dans leur exécution. En révélant ainsi le travail d’exécution de l’artisan, ce panneau a finalement pour objectif de valoriser les savoir-faire mis en œuvre et de faire valoir la nécessité de les transmettre en vue de permettre la continuité de production d’outils de qualité semblable à celui-ci.

 

Détail de fixation du panneau-oeuvre de la hache de traite 3 poinçons, à 1 frappeur, 2013. (Crédit photo : Michel Aubry, 2017)

Ce concept de matérialisation des savoir-faire se présente donc comme une solution possible à la pérennisation de connaissances redécouvertes à force d’étude, de documentation et d’itérations et en vue d’assurer leur diffusion aux générations futures. De plus, le panneau agit désormais comme un référent pour l’étude des autres modèles de hache de traite (1 poinçon, 2 poinçons et 4 poinçons). Le concept devient également réitérable pour tout type d’objet ancien. Notre intention est d’ailleurs de le répéter pour les outils de tout corps de métier, afin de constituer une collection de panneau-oeuvres qui favoriserait l’accès permanent et universel aux savoirs et savoir-faire traditionnels de la forge.

À ce titre, nous accueillions en octobre 2017 Martin Claudel, forgeron taillandier français invité à étudier aux Forges une hache d’équarrissage suédoise datant du début du XVIIIe siècle. Les résultats de ses recherches seront présentés au public cet automne.

Recherche en cours sur la hache d’équarrissage suédoise, par Martin Claudel, 2017